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Deixis temporelle argumentative : remarques sur le français maintenant et les italiens ora et adesso

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  Index 384      Deixis temporelle argumentative : remarques surle français  maintenant et les italiens  ora et  adesso L AURA B ARANZINI (Genève), L OUIS DE S AUSSURE (Neuchâtel) 1. Introduction Cet article a pour objectif d’amener des éléments de réflexion à proposd’un problème encore peu abordé dans la littérature, celui des déictiquesen usage argumentatif, à la lumière du français et de l’italien.Les traditions scientifiques qui se sont intéressées au sens des déictiques,ou indexicaux, se partagent en deux grands courants principaux, l’un plussémantique, et suscitant l’intérêt des philosophes du langage de la traditionanalytique anglo-saxonne, et l’autre plus pragmatique, trouvant ses racinesplutôt dans les travaux français sur l’énonciation. Les premiers (D. Kaplan,J. Perry, H. Castañeda, F. Recanati, E. Corazza, A. Reboul par exemple)ont essentiellement cherché à résoudre la question de savoir à quoi seréfère l’expression indexicale, et comment l’expression indexicale permetde spécifier son référent. Autrement dit, le problème important ensémantique est un problème référentiel. Pour les seconds, la questionprincipale soulevée par les déictiques n’est pas là : les déictiques sont vusavant tout comme des marques linguistiques liées d’une manière par-ticulière à la subjectivité (bien que la subjectivité soit aussi évoquée par latradition analytique, cf. Perry 1979). C’est en s’intéressant à la linguistiquede la parole, comme suite du projet saussurien, que Bally, Benveniste ettant de leurs successeurs vont associer  parole , à savoir quelque chosecomme l’usage du langage, la pragmatique, à la manifestation par unlocuteur de sa « subjectivité » à l’intention d’un interlocuteur. Pour Ben-veniste et la tradition qui a suivi, d’ailleurs, il faut préférer le termed’ énonciation , qu’il oppose à  parole , précisément dans le but d’inscrirel’usage du langage dans une perspective subjectiviste et interactionnelle,au sens où le langage aurait un rôle constitutif de cette subjectivité. Maisde manière générale, la question des usages argumentatifs des expressionsdéictiques est largement laissée de côté ; même dans la traditionbenvenistienne, de tels effets ne sont pas théorisés autrement que par unrecours à l’idée que dans un usage argumentatif, maintenant  permet lerenvoi à la temporalité argumentative parce qu’il renvoie automatiquementà la situation d’énonciation.  B ARANZINI  /  DE S AUSSURE   56 Dans des travaux récents qui se situent dans le cadre de la pragmatiquepost-gricéenne cognitive, Saussure (2008) suggère que le déictique encodeun mode d’appréhension particulier  de l’élément référentiel concerné. Unmode d’appréhension interne, subjectif, peut-être primitif comme le propo-sait Bühler à travers la notion d’ srco , sans qu’il faille imaginer pour au-tant un paramètre irréductible et inanalysable. Chez Bühler (1934), il s’agitd’expressions renvoyant à un centre de conscience srcinel, profond, quiest l’srcine de toute référence, et relèvent de la monstration ( ad oculos ou ad fantasma ). On trouve déjà chez Bréal (1897, 207) l’idée que le pronomest « plus instinctif », plus « primitif », « plus facilement commandable parle geste ». On trouve donc dans cette tradition, qui atteint son apogée avecBenveniste, l’idée d’un mécanisme cognitif fondamental lié à la référencemais aussi à la subjectivité.Nous pourrions dire que l’expression déictique représente la consciencequ’un individu a de l’élément situationnel, qu’il s’agisse du locuteur ouqu’il s’agisse d’un énonciateur allocentrique (pour une élaboration, cf.Saussure 2008). En d’autres termes, l’objectif ultime de la recherche sur ladeixis doit pouvoir être de traiter à la fois les processus référentiels eux-mêmes et les modes d’appréhension des référents : le ici, maintenant, dansune heure, tu… est celui d’un être subjectif ou représenté comme tel.Les problèmes les plus épineux se posent lorsque le déictique ne montre pas directement le lieu de sa référence, mais i) soit force à transiter par unlieu intermédiaire, cas passablement traité dans la littérature, ii) soit neconcerne pas son domaine typique de dénotation.Le premier cas est représenté par des exemples comme (1), (2), (4) et (5) :(1) (message du répondeur) : Je ne suis pas là en ce moment  .Ici, où nous reprenons un exemple classique en anglais (mais où nousremarquons que l’exemple anglais  I am not here now est peu probable entraduction littérale française), la référence indexicale se fait par l’ srco dudestinataire et non du locuteur, un peu comme en lecture différée.(2) Qu’allait-il faire maintenant  ?En (2), le processus référentiel passe par une srco allocentrique : ce n’estni celle du locuteur ni celle du destinataire, mais l’accès à la conscienceprésente d’un individu au passé; c’est le type du style indirect libre. Or lestyle indirect libre exclut le passage par une expression anaphorique desubstitution, comme l’imposerait le récit non focalisé :  Deixis temporelle argumentative 57 (3) ? Qu’allait-il faire à ce moment-là ?D’autres cas marqués concernent le passage par un index référentielabstrait, comme en (4) où le texte est représenté comme prononcé par unchien sur une affichette devant un magasin :(4) Je reste ici .Dans certains cas, Récanati (2001 et 2008) voit un usage démonstratif etnon déictique ; ainsi, dans l’exemple suivant, maintenant  renverrait à unetemporalité pour laquelle aucune expression ne serait substituable et qui nenécessiterait pas le recours à une deixis allocentrique :(5) Durant l’été 1829, Aloysia Lange, née Weber, rendit visite àMary Novello dans sa chambre d’hôtel de Vienne. Aloysia, cet-te chanteuse autrefois adulée, maintenant  une vieille dame desoixante-sept ans, fit à Mary l’impression d’une femme usée selamentant sur son destin (Recanati 2001 d’après Predelli 1998citant W. Hildesheimer).Dans Saussure (2008), il a été suggéré que de tels cas se réduisent en faitau style indirect libre, le sujet d’ srco allocentrique étant le narrateur(ignoré par les auteurs qui traitent cet exemple).Nous ne nous attacherons pas ici à ces cas, mais à la deuxième catégorie,traitée la première fois en français par Nef (1978) dans un cadre autre quetextuel. Il s’agit là du prototype de l’usage argumentatif de maintenant  :(6) Bien sûr, tu es majeur.  Maintenant  , moi, je t’interdis de le faire.(7) Julie et Marcel se voient souvent ces temps-ci.  Maintenant  , çane veut pas dire qu’ils sortent ensemble.Dans ces exemples (Nef 1978, 154 et 156), maintenant  n’a pas une tempo-ralité référentiellement externe au discours lui-même : il ne porte sur aucunévénement hormis celui de l’énonciation elle-même.Sans avoir l’ambition de résoudre en profondeur les problèmes posés parce type d’emplois, nous proposerons quelques observations générales àl’exemple du français, puis nous détaillerons quelques différences notablesentre les deux candidats à la deixis présente en italien ( adesso et ora ) poursuggérer enfin quelques éléments des procédures pragmatiques encodéespar ces déictiques.  B ARANZINI  /  DE S AUSSURE   58 Par  procédure pragmatique , nous entendons le parcours inférentielcommandé par une expression à statut procédural. La littérature pragma-tique cognitive sépare depuis Blakemore (1987) les expressions linguisti-ques entre celles qui ont un contenu conceptuel et celles qui remplissentune fonction discursive, qu’elles aient in fine ou non un contenu concep-tuel source. Les déictiques ont été parmi les premières expressions consi-dérées comme procédurales : elles encoderaient des procédures simples etfondamentales comme « trouvez le locuteur / l’interlocuteur » (pour  je / tu / vous ), « saturez la référence temporelle au moment de l’énonciation »   (pour maintenant  ), etc. Elles ont été également considérées commeprocédurales dans la littérature des expressions comme les connecteurs demanière générale, y compris temporels, mais aussi différents typesd’expressions grammaticales, comme les temps verbaux (Moeschler 1998).Dans Saussure & Sthioul (2002), les expressions sont considérées commeprocédurales si l’ensemble de leurs effets de sens n’est pas prédictible surla base d’une entrée conceptuelle. La perspective adoptée dans cet articleest celle de la pragmatique procédurale, développée en particulier sur lestemps verbaux dans Saussure (2003). Dans cette perspective, nous tentonsd’identifier un noyau sémantique sous-déterminé et des conditions spécifi-ques d’enrichissement pragmatique sous lesquelles on obtient la sortieinterprétative observée. 2.  Maintenant en usage argumentatif : considérations générales Si la signification encodée par les indexicaux de manière générale est sous-déterminée (à savoir que leur spécification fait directement intervenir lecontexte), alors les indexicaux sont des indices d’ srco plus ou moinscontraints : de par leur nature même, ils peuvent donner lieu,potentiellement, à divers types d’effets en lien avec la deixis mais qui nes’y réduisent pas nécessairement. De ce fait, il n’est guère étonnant qu’ilspuissent apparaître métalinguistiquement comme marqueurs de lastructuration discursive ou manifestant la temporalité de l’énonciation.Qu’il s’agisse des exemples de Nef ci-dessus, où une interprétation con-trastive intervient, ou d’exemples en quelque sorte plus basiques, comme(8) ci-dessous, où seule la temporalité de l’énonciation est vraiment dé-
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