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Les changements climato-environnementaux de l’Holocène ancien et la néolithisation du bassin méditerranéen

Les changements climato-environnementaux de l’Holocène ancien et la néolithisation du bassin méditerranéen
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  * UMR 6130, CNRS-UNS, Nice-Sophia Antipolis Les changementsclimato-environnementauxde l’Holocène ancienet la néolithisationdu bassin méditerranéen Par Jean-François Berger* I NTRODUCTION On pensait encore il y a peu de temps que la surface de la Terre n’avaitpas connu de grands changements climatiques à l’Holocène, périodecorrespondant au réchauffement postglaciaire des dix derniers millénaires.Les analyses en géosciences menées sur différents environnements terrestresont permis de démontrer que, même si ces changements sont modestes etde faible amplitude, les variations observées dans la cyclogenèse ontfortement influencé les rythmes, l’intensité et la position des moussons etdes vents d’ouest ( westerlies ), qui déterminent le régime pluviométrique del’Eurasie et des tropiques. Ces évolutions du climat ont modifié de façondurable la composition et la structure des écosystèmes parcourus et exploitéspar les sociétés humaines. Ce sont donc leurs conditions de vie qui ontété durablement modifiées, de façon cyclique, à l’Holocène. Les résultatsrécemment acquis sur ces variations des conditions de milieu des premiers  Technique et environnement  124 agriculteurs posent de nombreuses questions sur l’srcine du processus dedomestication, sur le rythme de sa diffusion et sur les difficultés d’adapta-tion rencontrées dans les nouveaux environnements géographiques, biocli-matiques, «colonisés» par les premiers agriculteurs ou par des populationsindigènes adoptant cette nouvelle économie. L’ OBJET DU DÉBAT : LES HYPOTHÈSESSUR LE CLIMAT ET LE PROCESSUS DE NÉOLITHISATION L’hypothèse de l’existence de stress climato-environnementaux à l’srcinede la néolithisation, émise précocement par le préhistorien australienG.Childe, a été remise au goût du jour récemment grâce aux avancéesimportantes effectuées dans le domaine du climat [Bar Yosef 2002; Gupta2004; Weninger et al. 2006; Berger et Guilaine 2009]. Longtemps minorépar les sciences humaines et sociales, le climat se voit aujourd’hui accorder,par un courant de pensée initié outre-Atlantique, un rôle important dans lesprocessus de néolithisation de l’Europe méditerranéenne. Les hypothèsesprivilégiant le rôle du climat dans l’émergence de la néolithisation demeurenttoujours nuancées. Pour des auteurs issus des sciences de l’environnementcomme Gupta [2004], Richerson et al. [2001] et Joussaume [1999], la rapidedomestication des plantes et des animaux aurait été favorisée dans les milieuxtropicaux par un optimum climatique correspondant à une longue et impor-tante période humide (8000-5000 avant notre ère) et en Eurasie par unephase plus chaude avec des températures estivales supérieures d’environ2°C à celles observées de nos jours en Europe occidentale [Joussaume1999]. Selon eux, la longue période du Pléistocène final n’aurait pas du toutété favorable à l’agriculture, du fait de son aridité, de sa pauvreté engaz carbonique atmosphérique et d’un climat extrêmement variable à deséchelles de temps très courtes [Richerson et al. 2001]. Le climat humide dela ceinture tropicale qui s’est mis en place à partir de la fin du Dryas récent(10500 avant notre ère) s’est trouvé associé à une intensification dumécanisme de mousson qui a permis à l’air marin chargé d’humidité depénétrer vers l’intérieur des continents, favorisant ainsi le développementvégétal ainsi que l’apparition de rivières quasi permanentes et de grands  125  Les changements climato-environnementaux de l’Holocène a ncien lacs [Joussaume 1999]. Ces conditions auraient à leur tour favorisé l’appa-rition de cultivateurs sédentaires au Proche-Orient, puis l’extension rapidede l’agriculture vers le Moyen-Orient, l’Asie centrale, l’Afrique et les régionstempérées de l’Europe centrale et occidentale, alors associées au pleindéveloppement des chênaies mixtes et à la fermeture du milieu.Ces schémas proposés durant les décennies 1980-1990 sont aujourd’huirediscutés, car on sait désormais que la diminution de l’intensité deschangements climatiques qui a suivi le dernier stade froid du Tardiglaciairen’a pas pour autant signifié une longue stabilité des conditions climatiques.Les dernières recherches sur les paléoclimats ont démontré la récurrencede changements climatiques rapides (c’est-à-dire en l’espace d’une géné-ration) du même type à l’échelle planétaire, tous les mille à mille cinq centsans [Bond et al. 2001; Mayewski et al. 2004].Pour d’autres auteurs, c’est au contraire dans le but de répondre au stressclimatique durable du Dryas récent que les dernières sociétés de chasseurs-cueilleurs du Proche-Orient ou de la Chine ont expérimenté l’agriculture[Cohen 1998; Bar Yosef 2002]. Cependant, des traces de tentatives dedomestication semblent attestées antérieurement au Proche-Orient commeen Chine [Lu et al. 2002; Kislev et al. 2006]. Dans la plupart des régions,le plein développement agricole ne devait pas être effectif avant 8500 avantnotre ère [Pringle 1998].L’objectif n’est plus aujourd’hui de mettre en évidence l’existence d’évé-nements climatiques, mais d’appréhender leur impact réel sur les environ-nements terrestres et sur les premières véritables agricultures (celles duProche-Orient et de l’Europe, entre autres). Après avoir fait un point sur lesconnaissances actuelles du climat circum-méditerranéen à l’Holocène ancien,nous proposons quelques hypothèses explicatives permettant d’ouvrir ledébat et d’orienter les futures recherches sur la coévolution de la société etdu milieu néolithiques.  Technique et environnement  126 L E CLIMAT DU BASSIN MÉDITERRANÉENET LES PRINCIPAUX MARQUEURS DES CLIMATS ANCIENS Les dernières études paléoclimatiques ont permis de connaître les méca-nismes responsables des évolutions climatiques et de détailler les principauxchangements climatiques postglaciaires (  fig.1b ). Elles décrivent un systèmecomplexe intégrant les dynamiques de l’atmosphère et des océans, réguléescycliquement par le soleil, l’activité volcanique, la trajectoire orbitale de laTerre et l’inclinaison de son axe de rotation, et plus récemment par unecombinaison avec les divers forçages anthropiques. Dans ce système global,la zone méditerranéenne est caractérisée par des interactions entre lessystèmes climatiques nord-atlantique et tropical (marqué par la mousson)de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (  fig.1a ). Cependant, les donnéespaléoclimatiques les plus précises, pouvant être comparées aux évolutionschronoculturelles, sont le plus souvent obtenues dans des environnementstrès éloignés des habitats humains (glaces des pôles, fond des océans, etc.),à quelques exceptions près (lacs, spéléothèmes des grottes). Les oscillationspaléoclimatiques synchrones observées sur trois des principales archivesclimatiques actuelles, localisées entre le Groenland et l’est de la péninsuleArabique, suggèrent un couplage étroit entre les zones méditerranéenne etatlantique nord tout au long de la déglaciation (  fig.1a, b ).Depuis quelques années, les études géochimiques menées sur les carottesglaciaires du Groenland (GRIP, puis GISP2) permettent d’approcher lesvariations du climat régional avec une précision temporelle quasi annuelle.Un premier événement froid et sec est identifié vers 6250 avant notre ère(connu mondialement sous l’appellation «8200 calBP event»). Deuxautres creux importants dans la courbe associés à des valeurs du ∂ 18 O appa-raissent dans la seconde partie du VI e millénaire: le premier centré sur 5500avant notre ère, le second sur 5200 avant notre ère (  fig.2 ). Ils sont enca-drés par deux des principaux maxima de la courbe de paléotempératuresholocènes, vers 5700 et 4900 avant notre ère.La circulation thermohaline atlantique est responsable du climat tempéréde l’Europe, grâce au courant chaud nord-atlantique appelé Gulf Streamqui transporte la chaleur de l’équateur vers le pôle Nord et à un courantfroid qui renvoie vers le sud les eaux froides et denses qui circulent enprofondeur au large de Terre Neuve et du Groenland [Broecker 1997]. Des  127  Les changements climato-environnementaux de l’Holocène ancien changements de sa vitesse, provoqués par le détachement de grands icebergsdans l’Atlantique Nord depuis la calotte polaire, se répercutent directementau niveau des mouvements des masses atmosphériques et du climat enEurope. La circulation océanique et l’intensité du Gulf Stream se réduisentselon des cycles d’environ mille cinq cents ans dans le Pléistocène (  fig.1a ).Les travaux de Bond et al. [2001] ont identifié des cycles identiques àl’Holocène. Autour de 6200 avant notre ère, la rupture du barrage qui main-tenait jusqu’alors les eaux de fonte du grand glacier nord-américain dansle plus vaste lac d’eau douce du monde (Agassiz) [Broecker 1997] a forte-ment réduit la température de l’Atlantique et la vitesse du Gulf Stream,durant une période estimée à deux cents ans (  fig.1b ). Un second épisodese place entre 5600 et 5300 avant notre ère (  fig.1b ).La courbe des variations du carbone 14 résiduel dans l’atmosphèremontre également des oscillations brutales et de grande amplitude au débutde l’Holocène, jusqu’à 6000 avant notre ère [Stuiver et Braziunas 1993](  fig.2 ). Les variations sont plus progressives et de moindre amplitude parla suite. D’après les analyses spectrales effectuées, elles apparaissent deplus modulées par une quasi-périodicité d’environ deux cents et deux milletrois cents ans, que l’on peut rapporter à des variations de l’activité solaire.Deux pics principaux de faible activité solaire sont identifiés au VI e millé-naire avant notre ère (vers 5450-5350 et 5250-5100 avant notre ère) (  fig.2 ),ce qui confirmerait l’srcine en partie solaire de cette longue période clima-tiquement plus fraîche [Berger 2005]. L’inflexion de la courbe du radiocar-bone résiduel est en revanche peu développée vers 6200 avant notre ère,lors de la première péjoration climatique mondiale (  fig.2 ). L’activité solairesemble alors culminer à un maximum, ce qui minimise fortement le rôle denotre soleil dans le déclenchement de cette période froide et accrédite pourcet événement la thèse d’une srcine interne à la Terre, liée au phénomèneglacio-marin. Les archives terrestres Les fleuves, les lacs et les marais représentent les archives sédimentairesterrestres les plus exploitées aujourd’hui pour identifier les plus petites oscil-lations du climat et du milieu en domaine terrestre. Les sources documen-taires les plus précises et les plus fournies pour l’Holocène ancien (VII e et
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