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Review of: Vincent Bontems, Bachelard. Paris. Les Belles Lettres 2010. In: Revue d’Histoire des Sciences, 64-1 (2011), pp. 191-194.

Review of: Vincent Bontems, Bachelard. Paris. Les Belles Lettres 2010. In: Revue d’Histoire des Sciences, 64-1 (2011), pp. 191-194.
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  Analyses d’ouvrages  191Revue d’histoire des sciences I Tome 64-1 I janvier-juin 2011 critical account in Louis de Broglie physicien et penseur (Paris : Albin Michel,1952) could also have been mentioned.These are only trifles in regard with the authors’ splendid achievement. Their bookis an absolute must-read for anyone interested in the history and philosophy of quantum theory. It gives a sharp, vivid introduction to a fascinating phase of thehistory of quantum theory, and a most convincing example of the philosophicalpregnancy of this history.Olivier D ARRIGOL Vincent B ONTEMS , Bachelard  (Paris : Les Belles Lettres, 2010),13,5 x 20,8 cm, 246 p., gloss., bibliogr., index, « Figures du savoir ». Comme tous les volumes déjà parus dans la collection « Figures du savoir » desBelles Lettres, cet ouvrage de Vincent Bontems sur Gaston Bachelard s’ouvre parun aperçu chronologique qui situe sa vie et son œuvre dans leur contexte histori-que et intellectuel. Deux outils didactiques – un « Glossaire » et des « Notices »concernant les auteurs mentionnés dans l’ouvrage – font également suite à uneprésentation de la pensée bachelardienne qui s’organise en quatre chapitres,consacrés respectivement à l’épistémologie, à la philosophie, à la poétique, et fi-nalement à la réception historique ainsi qu’à la postérité du « bachelardisme » enFrance jusqu’à nos jours. Le tout est complété par une bibliographie assez vastecomprenant l’œuvre de Bachelard mais aussi les titres les plus marquants de lalittérature secondaire française et anglo-saxonne.Dès les premières pages de l’« Introduction », on aperçoit néanmoins que ce tra-vail – quoique encadré par ces appareils critiques – n’est pas du tout une présen-tation académique de la pensée de Bachelard. En effet, Bontems prend tout desuite position par rapport au sens général de l’œuvre du philosophe français enaffirmant que, s’il est vrai que « l’on entend parfois parler de « deux » Bachelard,celui des philosophes des sciences et celui des poètes », au contraire « [il essaie-ra] ici de tenir les deux bouts ensemble, convaincu qu’il y a une forte unité desrecherches bachelardiennes, et qu’elle tient à la conception dynamique de l’esprit qui les commande » (p. 21-22). Et effectivement la section du volume qui corres-pond à la partie « nocturne » de l’œuvre bachelardienne – le troisième chapitre :« Au rythme des nuits » – n’a rien à envier en précision et dans la richesse de sesanalyses de détail aux chapitres concernant respectivement l’épistémologie et laphilosophie. Si cet ouvrage n’a rien d’académique, c’est surtout parce que le filconducteur qui l’anime est cette même tension « réactualisante » qui caractériseaussi l’épistémologie bachelardienne par le mouvement progressif de l’espritscientifique qui l’incarne. Une tension qui nous est révélée explicitement parBontems dans la conclusion de son livre, lorsqu’il déclare que son « exposé a res-pecté une relecture récurrente au service d’une synthèse contemporaine qui nouscorrespond. Ainsi la cohérence de notre propre lecture repose sur la mise en évi-dence des enjeux liés à la dimension d’approfondissement – qui est induite par[ses] propres recherches de réactualisation de l’épistémologie bachelardienne aucontact de la théorie de la relativité d’échelle » (p. 214).  192 Il s’agit, en effet, d’une opération qui correspond parfaitement au caractère« trans historique » de l’épistémologie de Bachelard, caractère que Bontems défi-nit et éclaire dans le premier chapitre de son ouvrage, non pas tant pour introduireune nouvelle catégorie historiographique – il rappelle à cet égard que la dénomi-nation d’« épistémologie historique », désormais entrée dans l’usage commun, aété popularisée par l’ouvrage célèbre de Dominique Lecourt paru en 1969, L’Épistémologie historique de Gaston Bachelard  – mais bien plutôt pour rendrecompte au plus près du dynamisme de l’esprit scientifique. « À chaque momentde son histoire, remarque Bontems, l’esprit scientifique possède un passé, un pré-sent et un avenir » (p. 35). Or, ces coordonnées temporelles ne sont pas des don-nées fixes et séparées les unes des autres de manière rigide, mais convergent aucontraire dans le présent de l’épistémologue qui s’interroge sur l’évolution et leprogrès dans les sciences. Le présent juge le passé et est à son tour évalué à la lu-mière de l’avenir. Ce qui veut dire que finalement, la dimension temporelle quiguide le point de vue de l’épistémologie est celle d’une contemporanéité fluide,mobile, toujours en train de réfléchir sur elle-même. Et c’est bien cette contempo-ranéité que l’ouvrage de Bontems tente de restituer, en nous montrant par sa for-me même, par ses reprises et son insistance sur l’esprit et sur la méthode dubachelardisme plutôt que sur la pensée « de » Bachelard, que les concepts philo-sophiques eux-mêmes sont mobiles, qu’ils doivent leur signification à leur opéra-tivité, qu’ils sont conçus à partir d’une relation de connaissance qui est toujoursen train de se construire.Les pages que Bontems consacre à la théorie bachelardienne de la connaissancesont à notre avis les mieux réussies à cet égard. Ce n’est d’ailleurs pas un hasardsi elles ne précèdent pas la réflexion sur le dynamisme et l’évolution de l’espritscientifique, mais leur font bien plutôt suite afin de montrer, par l’organisationmême de cet ouvrage, que la réflexion philosophique est en quelque sorte tou- jours « seconde » – puisque contemporaine – par rapport à la dialectique des« obstacles », des « ruptures » et des « récurrences » qui marque le progrès dessciences. La philosophie « n’entend jamais mettre en doute, ni donc justifier, lapossibilité de la connaissance […]. Loin d’en constituer la caution philosophique,l’objet et la notion apparaissent comme « deux foyers imaginaires où semblentconverger les lignes de force du champ épistémologique ». Au lieu de fonder lascience sur la réalité de l’un ou de l’autre terme, ce sont ceux-ci qui tirent leurréalité de la relation de connaissance » (p. 49). Il s’agit là de remarques importan-tes pour comprendre le sens de l’adjectif « historique » qui définit l’épistémologiebachelardienne et qui caractérise encore aujourd’hui le « style » français en phi-losophie des sciences : une philosophie, comme l’a bien montré Canguilhem, quidoit être toujours en même temps une histoire des sciences, une histoire du savoir– pour le dire avec Foucault   – qui n’est pas précédée par une théorie générale detoute science et de tout énoncé scientifique possible, mais « qui ne peut être faitequ’à partir de ce qui lui est contemporain » ( Les Mots et les choses (Paris :Gallimard, 1966), p. 221).C’est exactement ce que nous explique Bontems dans le deuxième chapitre deson ouvrage (« La relativité philosophique »), en partant de l’affirmation selon la-quelle « la philosophie des sciences est la philosophie qui s’occupe des sciencesmais aussi la philosophie produite par les sciences » (p. 69). Et en effet, s’il est vrai  Analyses d’ouvrages  193Revue d’histoire des sciences I Tome 64-1 I janvier-juin 2011 qu’elle est contemporaine de la relation de connaissance entre objets et idées,alors la philosophie ne peut être que « relative », tout comme l’est cette ontologiepar laquelle la philosophie prétendrait depuis toujours nous renseigner sur lasubstance du réel. Le but de la « non- philosophie » bachelardienne sera alorsmoins d’élaborer des théories ou des doctrines portant sur les termes qui définis-sent la relation de connaissance – sujet et objet – que d’analyser cette relationmême, ou plutôt les relations variables entre ces deux termes, à savoir les diffé-rents systèmes d’évaluation qui constituent la véritable base du progrès scientifi-que. La relativisation de la philosophie et de l’ontologie ne bute pourtant pas surla pierre du relativisme, et c’est bien là le point crucial. Même si l’esprit scientifi-que est soumis à une révision perpétuelle de ses normes, même s’il est ouvert à lanouveauté et « se place sous l’égide de la transmutation de toutes les valeurs prô-née par Nietzsche » (p. 224), il n’en reste pas moins que c’est la raison qui veillesur son progrès. Bontems nous l’indique très fermement : « Une philosophie ra-tionaliste, écrit-il, n’est rationnelle que dans la mesure où elle est contemporai-ne » (p. 81). Or, s’il est vrai que le moteur du rationalisme est la récurrence, alorscette philosophie est rationnelle justement parce qu’elle est « relative ». Cette re-marque permet de comprendre le sens apparemment aporétique ou paradoxal del’épistémologie bachelardienne, de cette histoire des sciences toujours recom-mencée, qui n’a d’autres moyens pour juger de sa propre rationalité que les juge-ments réitérés qu’elle porte sur elle-même.C’est bien cette conception si srcinale de la rationalité qui est à la base du « ba-chelardisme », lequel a forgé une bonne partie de la tradition épistémologique,mais aussi littéraire, en France depuis les successeurs immédiats de Bachelard jusqu’à nos jours, et que Bontems esquisse à larges traits dans le quatrième etdernier chapitre de son ouvrage. Ce chapitre est fort intéressant à différentségards. D’abord dans la mesure où il donne à son auteur l’occasion de soulignerla valeur essentiellement méthodologique de l’épistémologie bachelardienne,et dans cette mesure même son actualité. Une actualité qui est incarnée par lescontinuateurs de Bachelard – scientifiques et philosophes –, mais aussi par sesinterprètes, auxquels Bontems ne manque pas d’ailleurs de se confronter tout aulong de son ouvrage. Ce chapitre introduit également des questions qu’il vau-drait sûrement la peine d’approfondir et qui s’insèrent à plus d’un titre dans ledébat épistémologique actuel autour de la relation entre histoire et  philosophie des sciences. Pour faire bref, on en retiendra deux. La première concerne le ca-ractère historique de la rationalité telle que l’entend Bachelard et la manièredont elle a été reçue par la tradition analytique anglo-saxonne. Le problème estbien celui de concevoir une épistémologie qui soit capable de conjuguer le ca-ractère logique et universel de la rationalité scientifique avec la prise en comptede ses dimensions historiques, sociales et matérielles. Sur ce point, l’animositéqui a opposé jusqu’à aujourd’hui les épistémologues analytiques aux philo-sophes continentaux, remarque Bontems, peut apparaître absurde (p. 181) carelle est fondée sur une équivoque dérivant en bonne partie de certains filtresidéologiques qui identifieraient le bachelardisme à un socioconstructivisme(p. 198). Il serait donc bien temps de dissiper tout malentendu et d’entreprendre« une collaboration fructueuse conjuguant l’élucidation analytique à l’éclairagetranshistorique » (p. 202).  194 La seconde question concerne le caractère normatif de l’épistémologie historiqueet émerge à partir des considérations que Bontems formule à propos de la relationque l’archéologie foucaldienne entretient avec le bachelardisme. Il s’agit d’unerelation que Bontems définit en termes d’abandon plutôt que de reprise, dans lamesure où il fait remarquer que « Foucault récuse le caractère normatif de l’épis-témologie » (p. 183). Or il est vrai que l’un des objectifs polémiques de l’épisté-mologie foucaldienne est précisément la « psychanalyse de la connaissance » deBachelard, au sens où celle-ci serait guidée par la poursuite de l’objectivité desphénomènes, tandis que l’archéologie viserait plutôt à mettre en lumière laconfiguration historique de cette objectivité. Mais peut-on pour autant conclure àla négation de tout caractère normatif de l’épistémologie ?Elisabetta B ASSO Anastasios B RENNER et Annie P ETIT (dir.), Science, histoire et philoso- phie selon Gaston Milhaud : La constitution d’un champ disciplinairesous la Troisième République (Paris : Vuibert-SFHST, 2009),16,5 ×××× 23,5 cm, IX -278 p., front., fig., bibliogr., index, « Cahiers d’his-toire et de philosophie des sciences ». Si l’on doute encore que la philosophie française des sciences est héritière d’unetradition aux contours assez nets, alors on lira avec intérêt l’ouvrage réalisé sous ladirection d’Anastasios Brenner et Annie Petit consacré à la figure de GastonMilhaud. Pour se convaincre de ce constat, il suffit de considérer d’emblée deuxraisons évidentes : tout d’abord, la plupart des contributeurs de cet ouvrage sontd’ores et déjà connus pour être parties prenantes de cette tradition, ensuite la figurede Milhaud en est elle-même emblématique dans la mesure où il s’agit du premiertitulaire de la chaire d’épistémologie de la Sorbonne créée spécialement pour luien 1909, intitulée alors « Histoire de la philosophie dans ses rapports avec la scien-ce », dont les premiers successeurs furent Abel Rey et Gaston Bachelard. L’institu-tionnalisation de ce champ d’étude transdisciplinaire (science, histoire etphilosophie) marque en effet l’aboutissement d’un travail de réforme de l’universi-té française de la Troisième République naissante, afin de répondre entre autresaux interrogations scientifiques et philosophiques – essentiellement métaphysi-ques – en se dotant d’outils et de méthodes nouvelles prenant en compte « l’in-fluence réciproque des théories scientifiques et des doctrines philosophiques ».C’est la raison pour laquelle les acteurs du débat sont pour la plupart des scientifi-ques de renom ayant fait le choix de continuer leurs recherches, comme dans lescas de Henri Poincaré et Pierre Duhem, ou bien de ne plus se consacrer entière-ment qu’à la philosophie comme dans les cas de Milhaud et Émile Meyerson.C’est donc le portrait d’un agrégé de mathématique, docteur en philosophie et histo-rien des sciences, qui est dressé par ces articles qui mettent en lumière les principalesinfluences comme celles de Paul Tannery, Antoine-Augustin Cournot, CharlesRenouvier et bien entendu Auguste Comte, ayant forgé cet esprit brillant, cultivé, mo-deste et courtois, compagnon de route à l’ENS de Jean Jaurès et Henri Bergson. L’hé-ritage de Comte notamment est particulièrement mis en valeur. Lorsque Milhaud
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